Le constructeur automobile Stellantis vient de dévoiler des résultats financiers catastrophiques pour l’année 2025. Le groupe, qui contrôle quatorze marques prestigieuses dont Peugeot, Citroën, Fiat et Jeep, a annoncé jeudi 26 février une perte nette de 22,3 milliards d’euros, marquant un tournant brutal après des années de rentabilité solide.
Une débâcle financière sans précédent
Cette hémorragie financière représente un changement radical pour le géant automobile. En 2024, Stellantis avait dégagé un bénéfice net positif de 5,5 milliards d’euros. Le contraste est saisissant. La chute s’explique principalement par des charges exceptionnelles de 25,4 milliards d’euros engagées sur l’ensemble de l’exercice, correspondant à ce que la direction qualifie de « reset » stratégique.
Ces charges colossales reflètent le coût réel d’une erreur de calcul majeure : une surestimation drastique du rythme de transition énergétique. Le groupe avait misé massivement sur l’électrification complète, une stratégie imposée par l’ancien directeur général Carlos Tavares, qui a quitté ses fonctions en mai 2025 après la dégradation des performances en 2024.
Le virage à 180 degrés vers le thermique
Antonio Filosa, nommé à la tête du groupe fin mai dernier, a opéré une véritable contre-révolution. Le nouveau patron explique que les résultats de 2025 « reflètent le coût d’une surestimation du rythme de la transition énergétique et l’impérieuse nécessité d’entreprendre un reset pour replacer au cœur de notre activité la liberté de choix de nos clients au sein d’une gamme complète d’électriques, hybrides, et moteurs thermiques ».
Cette réorientation stratégique signifie que Stellantis abandonne partiellement son engagement envers l’électrique pur. Le groupe revient à une approche multicarburants, réintégrant les véhicules thermiques et hybrides dans sa gamme. Cette décision pragmatique reconnaît une réalité du marché : les consommateurs ne sont pas prêts pour une transition aussi rapide vers l’électrique.
Les premiers signes d’une amélioration
Malgré ces chiffres alarmants, le groupe observe des signaux positifs. Le chiffre d’affaires global a reculé de deux pour cent à 153,5 milliards d’euros sur l’année complète, mais il a progressé de dix pour cent au second semestre. Cette dynamique ascendante au quatrième trimestre suggère que les mesures correctives commencent à porter leurs fruits.
Filosa souligne que « au cours du second semestre de l’année, nous avons commencé à voir les premiers signes positifs de progrès à la suite de nos actions d’amélioration de la qualité, du lancement réussi de notre vague de nouveaux produits à l’origine d’un retour à la croissance du chiffre d’affaires ». Les lancements de nouveaux modèles et les efforts pour améliorer la qualité des véhicules semblent enfin porter leurs fruits.
L’impact sur les marques emblématiques
Cette débâcle financière affecte directement les quatorze marques du groupe. Peugeot, Citroën, Fiat, Opel, Chrysler et Jeep sont tous concernés par cette restructuration massive. Les marques historiques comme Peugeot et Citroën, piliers de l’industrie automobile française, doivent se réinventer dans un contexte de crise interne.
La marge opérationnelle du groupe, autrefois impressionnante, s’est effondrée. En 2023, Stellantis affichait une marge de 14,4 pour cent, comparable à celle des constructeurs automobiles premium. En 2025, cette marge est devenue négative, atteignant moins 0,5 pour cent. Cette chute vertigineuse illustre l’ampleur de la crise interne.
Les perspectives prudentes pour 2026
Le nouveau patron reste mesuré dans ses projections pour 2026. Filosa a averti que la marge restera faible au cours de l’année à venir. Cette prudence reflète une réalité : le redressement du groupe prendra du temps, et les investisseurs doivent s’attendre à une amélioration progressive plutôt qu’à un rebond spectaculaire.
Paradoxalement, le marché a accueilli cette franchise avec soulagement. Le cours de bourse de Stellantis a bondi de 5,13 pour cent jeudi, après avoir plongé de 28 pour cent en début février lors de l’annonce de la charge exceptionnelle. Les investisseurs semblent apprécier la transparence du nouveau management et sa volonté de corriger les erreurs du passé.
Les leçons d’une stratégie erronée
Cette crise majeure met en lumière les risques d’une transition énergétique imposée trop rapidement, sans tenir compte des réalités du marché. Stellantis a misé sur une électrification complète à un moment où l’infrastructure de recharge et l’acceptation des consommateurs n’étaient pas au rendez-vous. Le groupe a également sous-estimé la demande persistante pour les véhicules thermiques et hybrides.
Le reset stratégique en cours vise à corriger ces erreurs en offrant une gamme diversifiée adaptée aux préférences réelles des clients. Cette approche multicarburants reconnaît que la transition énergétique sera plus longue et plus complexe que prévu. Stellantis doit désormais convaincre le marché que cette nouvelle direction est viable et durable.
