Bornes de recharge publiques : leur nombre augmente-t-il là où les conducteurs en ont besoin ?

Bornes de recharge publiques : leur nombre augmente-t-il là où les conducteurs en ont besoin ?

La France comptait 202 804 points de recharge ouverts au public au 30 septembre 2026, selon le baromètre de l’Avere-France et du ministère de la Transition écologique, établi par Gireve. Le seuil de 300 points pour 100 000 habitants est franchi pour la première fois. Ce total dit où l’on a pu installer, pas où l’on recharge. Face à septembre 2025, le réseau grossit sur les parkings de commerces et en recharge rapide, mais l’usage s’emballe et les citadins sans garage restent les moins bien servis.

Combien de points de recharge publics compte la France ?

Le chiffre officiel progresse chaque mois, mais il faut savoir ce qu’il compte avant de le comparer.

Point, borne, station : ce que mesure le baromètre

Le baromètre recense des points de recharge : chacun accueille une seule voiture à la fois. Une borne en porte souvent deux, et une station regroupe plusieurs bornes sur un même site : la France en compte 56 128. Les points réservés aux salariés, aux flottes ou aux résidents d’un immeuble n’entrent pas dans le total, pas plus que ceux en construction.

Une croissance qui ralentit

Sur douze mois, le réseau gagne 13 %, contre 20 % un an plus tôt. Le rythme d’installation faiblit : 17 301 points ouverts de janvier à septembre 2026, contre 25 182 sur la même période de 2025, soit près d’un tiers de moins. La puissance installée, elle, passe de 8,5 à 10,7 gigawatts (+26 %) : les nouveaux points sont plus puissants que les anciens.

Où les nouveaux points sont-ils installés ?

La carte des installations suit la logique des investisseurs : un emplacement qui garantit du passage et un terrain disponible.

Les parkings de supermarché en tête

Près de la moitié des points (46 %, soit 93 341) se trouvent sur des parkings de commerces, et 30 % dans d’autres parkings. Sur un an, les commerces en ont gagné 13 103 et les parkings 9 623. La voirie n’en compte plus que 27 508, contre 29 612 en septembre 2025. Le baromètre ne dit pas si ce recul vient de fermetures ou de reclassements, d’autant qu’il isole désormais une catégorie « Autoroute ». Il touche pourtant les points dont dépendent les conducteurs garés dans la rue.

Plus de trois points sur quatre en courant alternatif

Les points en courant alternatif représentent 78 % du réseau : 27 % sous 7,4 kW, 50 % entre 7,4 et 22 kW. Sur ces bornes, le chargeur de la voiture fixe la vitesse. Beaucoup de modèles plafonnent à 11 kW, comme l’explique notre article sur le chargeur embarqué de 7, 11 ou 22 kW. Pour ces voitures, une borne affichée à 22 kW recharge deux fois moins vite qu’annoncé.

L’usage progresse-t-il plus vite que le réseau ?

Compter les points ne dit rien de leur fréquentation. Le baromètre mesure aussi les sessions transmises par la plateforme Gireve, et l’écart se creuse.

Des bornes plus sollicitées qu’il y a un an

En septembre 2026, un point de recharge a accueilli en moyenne 32,7 sessions dans le mois, contre 25,2 un an plus tôt. L’électricité délivrée par point passe de 474 à 725 kWh, et la consommation totale du réseau public augmente de plus de 72 %. Portée par la place croissante des voitures électriques dans les ventes, la demande avance bien plus vite que le nombre de points.

Des points un peu moins souvent disponibles

La part des points disponibles 99 % du temps tombe de 69 % à 63 %, et 9 % restent hors service plus de sept jours d’affilée, contre 7 %. Le recul le plus net touche la recharge de 150 kW et plus, dont le taux de disponibilité passe de 95,7 % à 88,3 %. Une voiture qui reste branchée après sa charge bloque aussi le point, et stationner sur une place réservée à la recharge sans recharger expose à une amende.

Sur une station, la probabilité de trouver tout de suite un point libre tombe à 93 %. Environ une arrivée sur quatorze bute donc sur des points occupés ou en panne.

IndicateurSeptembre 2025Septembre 2026
Points ouverts au public179 876202 804
Points de plus de 150 kW20 90826 803
Sessions par point et par mois25,232,7
Énergie par point et par mois474 kWh725 kWh
Points disponibles 99 % du temps69 %63 %
Points hors service plus de 7 jours7 %9 %
Accès immédiat à un point libre95 %93 %

Sur les grands axes, l’offre est-elle à la hauteur ?

Sur la route, la réponse est plus nette, en volume comme en puissance.

La recharge haute puissance accélère

Les points de plus de 150 kW passent de 20 908 à 26 803 en un an (+28,2 %), deux fois le rythme du réseau. Le règlement européen AFIR exige 1,3 kW de puissance publique par voiture électrique en circulation et 0,8 kW par hybride rechargeable. En comptant à 1,3 kW toutes les voitures à énergie alternative recensées au 1er janvier 2026, soit 6,5 % de 40 millions, il faudrait 3,4 gigawatts. La France en a installé 10,7.

Les autoroutes, avant le plan 2035

Les aires d’autoroute ne regroupent que 4 421 points, 2 % du total, une catégorie que le baromètre isole depuis son édition d’octobre 2026. L’État en vise 22 000 pour les voitures sur autoroutes et routes nationales en 2035, comme le détaille notre article sur la stratégie nationale pour les bornes de recharge sur le réseau routier.

Les conducteurs sans garage sont-ils les oubliés du déploiement ?

Le besoin le plus pressant vient de ceux qui ne peuvent pas recharger chez eux, et c’est là que les chiffres progressent le moins.

L’Île-de-France progresse le moins vite

L’Île-de-France reste la première région avec 33 895 points, mais elle n’en a gagné que 6,4 % en un an, comme les Hauts-de-France (+5,9 %) et les Pays de la Loire (+6,9 %). La Nouvelle-Aquitaine progresse de 27 %, l’Auvergne-Rhône-Alpes de près de 20 %. Or plus de sept résidences principales franciliennes sur dix sont des appartements, selon l’Insee. Sans place privée, la voirie et les parkings publics restent la seule solution.

Rue d'immeubles d'appartements à la tombée de la nuit, deux bornes de recharge sur le trottoir occupées par des voitures branchées, une conductrice debout près de sa voiture arrêtée dans la voie

Copropriétés : 7 % des immeubles équipés

La solution durable passe par le parking de l’immeuble. Au deuxième trimestre 2026, 18 289 immeubles collectifs disposaient d’une infrastructure collective de recharge, en hausse de 45 % sur un an. Sur 252 000 immeubles dotés d’un parking, c’est 7,2 % seulement. 43 648 ont voté un projet, ce qui laisse 25 359 immeubles en attente de travaux. Le droit à la prise autorise un copropriétaire ou un locataire à s’équiper à ses frais, sans vote de l’assemblée générale.

L’objectif de 400 000 points en 2030 est-il encore atteignable ?

Le gouvernement vise 400 000 points ouverts au public en 2030, dont 50 000 à haute puissance. Les 197 196 points manquants demanderaient environ 3 870 ouvertures par mois d’ici fin 2030, le double du rythme de 2026. Le volet rapide suit sa trajectoire : à +28 % par an, les seuls points de plus de 150 kW dépasseraient 50 000 avant 2030. Le retard porte sur la recharge lente et de proximité, celle dont dépendent les conducteurs sans garage.